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09.11.2007

L’histoire de l’empereur chinois qui aimait les melons bien mûrs

Selon l’honorable philosophe chinois Sen Fu (fin du XIXème siècle), il était une fois un grand empereur de Chine qui avait une passion pour les melons bien mûrs. Mais il avait un problème: même le plus glorieux des empereurs ne pouvait avoir de melons bien mûrs en hiver . Donc, chaque année, il attendait patiemment le retour de l’été.

Il avait un jardinier très émérite qui eut une idée: non loin de là se dressait une colline dont une des pentes était bien exposée au sud. Il dit à l’Empereur: "Votre Vénérable Altesse (ou quoique fût la formule appropriée), laissez-moi installer des serres sur cette colline. Je suis certain qu’avec l’exposition au soleil dont elle bénéficie, je peux faire mûrir des melons en hiver." Et l’empereur, qui était d’une grande ouverture d’esprit et qui appréciait l’innovation et l’entreprise, le laissa faire à sa guise. Permettons ici aux honorables lecteurs de Planète Sacrée d’apprendre de nos experts: le verre fût inventé il y a quelques 3000 ans, alors que l’invention des serres se perd dans la nuit des temps.

Ainsi fût-il fait: l’année suivante, le jardinier, plein de fierté, porta des melons bien mûrs à sa Majesté dès le mois de février et lui promis que l’année suivante, la récolte se ferait toute l’année. Il n’avait pu les faire pousser plus tôt parce-que la commande de semis avait été retardée pour cause de paperasserie chinoise.

Ceci donna une idée à l’empereur: il convoqua les sept-cent Mandarins les plus sages qui composait le plus haut niveau de son conseil (et qui lui coûtait une fortune en rentes, frais généraux, jolies filles et délicatesses.)

Et il leur demanda: "Membres estimés de mon conseil impérial, je voudrais que vous étudiez cette question: Est-il possible de faire mûrir des melons en hiver?"

Les sages mandarins s’assemblèrent immédiatement, formèrent plusieurs comités, se lancèrent dans des recherches bibliographiques, questionnèrent les écritures de Confucius, Lao-Tseu, Chen-Yi, Dong Zhong-Shu, Sun Tsu, et bien d’autres encore. Ils écrivèrent des notes, des rapports préliminaires, des memorandums, et finalement des dissertations en vers iambiques suivant la règle formelle mandarine, toute aussi contraignante que la Règle des Trois Unités dans l’art dramatique français du XVIIème siècle. Ils produisirent des milliers de pages magnifiquement qualigraphiées d’idéogrammes, et utilisèrent les plumes de paons les plus coûteuses en guise de pinceaux. Mais ils n’avaient toujours pas de réponse.

Alors l’empereur leur dit: "Vous avez travaillé si dur, vous méritez un peu de repos. Venez donc avec moi vous promener à l’air libre." Et il les conduisit jusqu’à la colline aux melons, dans quinze somptueux carrosses. Et ils marchèrent dans le jardin, entourés de beaux melons aux parfums délicieux, mais ils continuaient néanmoins à discuter et à débattre.

L’empereur choisit donc un melon parfaitement mûr et le mis sous le nez des cinq plus éminents Mandarins en leur demandant: “ Dites-moi, qu’est-ce que ceci?”

Ce fût alors qu’il eût une surprise:
Ils ne savaient pas reconnaître un melon.

Toutes leurs vies, ils n’avaient jamais vu que des melons pelés et découpés en tranches, arrangés au fond de leur assiette...

Alors l’empereur, qui était d’une grande ouverture d’esprit et qui appréciait l’innovation et l’entreprise, mais qui était aussi pour les réductions d’impôts et le contrôle des frais généraux, les fit tous enterrer vivants.

Moralité pour Planète Sacrée: Lors de l’élaboration d’une stratégie pour la survie de la planète, restons fidèles aux faits et aux expériences faites preuves, et fuyons les idées préconcues, en particulier celles considérées comme faisant autorité par les Mand... heu, les Médias.

André Teissier du Cros