06.12.2007
La facture de Médée
Notre planète va vivre des jours intéressants durant la prochaine décade: la combinaison d’une crise financière globale, de contraintes écologiques majeures, et d’une pénurie d’énergie, d’eau, et de certaines denrées de base. Le Herald Tribune cite le rapport récent de l’OCDE: “les pertes alarmantes dans le secteur du surendettement hypothécaire (« subprime market ») pourraient atteindre 300 milliards de dollars aux Etats-Unis, dont seule une partie a, jusqu’à maintenant, été prise en compte dans les provisions des banques principales... Nous n’avons pas encore atteint le niveau le plus critique en matière de réajustements, de défauts à payer, et de pertes finales sur les hypothèques.” Dirigés par les marchés financiers américains, l’Europe, et maintenant la Chine et d’autres encore, se rapprocheront de la banqueroute technique quand les valeurs marchandes des actifs deviennent ou deviendront inférieures aux dettes qu’ils garantissent. En Chine, le peuple chinois découvre les joies d’un enrichissement rapide grâce à l’explosion de la bourse, et l’applique à son penchant millénaire pour le jeu. Cette crise économique serait déjà grave du point de vue de la libre économie conventionnelle. Ce qui l’aggrave est le fait que l’économie mondiale, croissante depuis l’an 2000 à son plus haut niveau depuis quarante ans, demande toujours plus d’énergie, plus d’eau douce, et plus de matières premières. Or produire plus d’eau douce veut finalement dire consommer plus d’énergie. Les exploitations minières, agricoles, et la transformation de ces matières – qu’elles soient agricoles, chimiques, métallurgiques ou minérales – sont donc amenées elles aussi à consommer plus d’énergie. En fin de compte, le monde est en face d’une énorme pénurie d’énergie. Mais l’humanité voit se raréfier les endroits où l’impact environnemental, combiné à l’attitude des populations locales, sont favorables à l’implantation de nouvelles centrales électriques. Le nucléaire est propre, mais impopulaire. En sécuriser les structures pour les rendre à l’épreuve de l’erreur humaine implique de plus grandes dépenses. Le charbon peut être rendu propre, sans émission de CO2 même, mais à un prix supérieur par kW/h à celui du nucléaire. Pétrole et gaz sont disponibles et peuvent également devenir propres d’émission de CO2 (à travers sa conservation par exemple), mais ils ne sont plus bon marché. Et il y a les énergies renouvelables, propres mais très coûteuses. Afin d’augmenter notre potentiel énergétique, nous devons massivement investir dans le long-terme. Nos marchés financiers ont perdu la capacité à investir dans quoique-ce-soit qui ne soit autre que du court-terme à bas risques. Cet élément, associé aux pressions environnementales, signifie que toute nouvelle structure arrive trop tard. Et leur coût escalade avec le temps. Selon la mythologie grecque, quand Jason et ses argonautes vint à subtiliser la Toison d’Or au roi Eétès, père de la princesse Médée, elle le mit en garde: où qu’il aille, elle lui en enverrait, un jour, la Facture. En plus des nouvelles obligations pour faire face à une combinaison de banqueroutes et de pénuries d’énergie, l’humanité entrevoit la Facture de Médée que la planète commence déjà à lui présenter: Nous n’avons jamais payé les investissements engagés dans le phénomène naturel qui, durant des dizaines jusqu’à des centaines de millénaires, généra les réserves fossiles de la planète. La terre le fit, et ce bien avant que les premiers hominiens se mettent à cueillir et chasser. Ce faisant, la planète enterra, aux temps des dinosaures, des niveaux de CO2 qui étaient cinq fois supérieurs à ceux qui polluent actuellement notre atmosphère. Nous détruisons ces réserves comme si elles étaient gratuites, et renvoyons dioxyde de carbone et méthane dans l’atmosphère, comme si l’air et un climat stable étaient également gratuits. En ce siècle, nous allons commencer à payer la Facture de Médée, et le moratoire va totalement changer la manière dont nous envisageons et structurons les financements. Ceci sonne le glas du culte de la création de valeur pour les seuls actionnaires, le bien connu Stockholders Value Enhancement! Comment faire face à ce défi colossal? Nous parlerons dorénavant régulièrement des options et solutions qui se présentent. André Teissier du Cros
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01.12.2007
Habitants de la terre, relativisez
11:40 Publié dans Pensées | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : planète sacrée, environnement
26.11.2007
Le mythe de l’Age d’Or
« La bonne entente entre l’homme et son environnement n’est jamais allée de soi. Il serait fallacieux de considérer que la dégradation irréversible de ce dernier n’est qu’un phénomène récent dû à des sociétés contemporaines dévoreuses d’espaces et de ressources parce qu’oublieuses d’anciens repères et de pratiques traditionnelles supposées « durables » et « soutenables » à priori. Depuis toujours, le développement a pu être « précaire » et « insoutenable » » (François Mancebo, « le développement durable », 2005). L’Histoire est pleine de populations disparues à cause de l’épuisement de leur environnement, causé par des pratiques insoutenables à long terme. C’est le cas de la civilisation sumérienne qui s’éteignit aux alentours de 1700 avant notre ère. Pourtant vieille de 5000 ans, elle périclita en moins de 600 ans à partir du moment où elle pratiqua l’irrigation intensive sur ses terres. Cette technique, pratiquée massivement sans drainage, provoque une saturation de la terre et la rend, à terme, infertile. Un autre exemple entré dans la légende est celui de l’Ile de Pâques, située au cœur de l’océan Pacifique. Peuplée à partir du Vème siècle, elle fut l’une des sociétés polynésiennes les plus complexes. Elle reposait sur le système du potlatch, un système de don et de contre don entre les différents clans. Ce système obligeait chaque clan à offrir un présent toujours plus beau et plus grand que celui qui lui avait été offert en premier lieu. Cette tradition finit par dilapider les richesses de l’île : construction de canoës, troncs d’arbres servants à déplacer des statues géantes… Sans compter un accroissement constant de la population insulaire que l’île ne pouvait plus ni nourrir ni loger. Lorsque les premiers européens débarquèrent sur ce sol ravagé au XVIIIème, ils trouvèrent une population en guerre devenue cannibale par nécessité. Méfions nous donc des discours par trop simplistes qui prônent un retour à un rapport plus « traditionnel » à la nature. L’Age d’Or du rapport de l’homme à son environnement n’existe pas. Cependant, l’homme n’a jamais disposé auparavant de moyens techniques aussi massivement destructeurs, menaçant la planète toute entière. Espérons que notre salut viendra de ces mêmes capacités techniques, ainsi que de la science. Car si l’homme n’a jamais autant endommagé son environnement, il n’a jamais bénéficié non plus d’autant de ressources techniques, intellectuelles et scientifiques pour le sauver. Ca sera peut-être ça finalement, l’Age d’Or : l’Age de l’homme qui a la possibilité de préserver son environnement. Et qui fera le choix de changer son mode de vie pour y parvenir. Gabrielle Narcy
14:00 Publié dans Actualités des solutions, Débats, Pensées, Planète Sacrée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : planète sacrée, environnement
30.10.2007
Et la dimension cachée ?
Nous avons vu, écouté entendu ce qui s’est passé au cours du fameux Grenelle de l’environnement. Il a été beaucoup question de climat, de taxes, de réduction des consommations d’énergie, d’ogm... Pas ou peu d’allusions à la dimension humaine, artistique, onirique du progrès qui se pourrait se concevoir dans une croissance mieux maîtrisée. C’est une nouvelle course, que certains voudraient voir à l’envers de celle que nous avons poursuivie depuis l’ère industrielle. Sans compter que les positions idéologiques des uns et des autres ne s’embarrassaient pas de certitudes incertaines. Cet effort révolutionnaire qu’il nous faut faire pour sauver la planète, et nous sauver avec, ne peut avoir de sens que s’il s’appuie d’abord sur une vision humaniste, sensible, sacrée, créatrice de valeurs de civilisation et pas seulement de calculs savants sur les réductions du CO2 ou l’isolation thermique. Or nous craignons que les technocrates des deux bords, écologistes et productivistes n’aient trouvé là qu’un injuste milieu, pour ne résoudre que des problèmes d’intendance. Il ne peut y avoir de développement durable si celui-ci ne prend pas en compte la dimension cachée de toute vie sur cette terre. Si le respect, sous toutes ses formes, ne redevient pas la valeur fondamentale de nos sociétés. Il y a donc débat. Mais ne boudons pas notre plaisir, derrière les bonnes intentions, peuvent parfois se cacher de bonnes solutions.
18:15 Publié dans Grenelle de l'environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : planète sacrée, grenelle de l'environnement, environnement, développement durable, solutions
A lire
- L’article d’Eric le Boucher dans le Monde du 28/29. Questions sur l’après Grenelle. Une analyse pertinente des défauts de la cuirasse. - Le courrier international du 18 au 24 octobre. « Ma ville demain » Les Londoniens et les Madrilènes ont des cheveux à sa faire. La maîtrise urbaine ne semble pas à l’ordre du jour des hérauts du développement durable. - Le Figaro Magazine du 20 octobre « Grenelle de l’environnement : La solution c’est la science. Nous sommes d’accord, mais pas seulement. Il y a aussi toutes les solutions humaines à petite échelle, tous les micro-projets qui doivent permettre aux pays en voie dee développement de résoudre une partie de leurs problèmes. Et ne pas oublier non plus la dimension artistique de la question, qui inclut le sens de l’harmonie et de la beauté. - Le numéro spécial de Time magazine sur les « Heroes of the environnement » . Il y a à boire et à manger mais dans l’ensemble ces héros sont infatigables - Le magazine de l’INRA (Institut national de recherche agronomique) d’octobre 2007, ouvre un dossier tout à fait d’actualité : le bien être des animaux. Ainsi la recherche évolue-t-elle vers le respect de l’animal attitude au cœur de la dignité et de la morale. Humaine. Avec un rappel des cinq préceptes, cinq libertés, de la Farm Animal Welfare Council, qui date de 1993 : absence de faim et de soif ; absence d’inconfort ; absence de blessure, douleur et maladie ; possibilité d’exprimer le comportement normal ; absence de peur et de détresse. Planète sacrée s’attachera à faire connaître toutes les actions qui iront dans ce sens (voir aussi la rubrique « Respect de la vie)
11:29 Publié dans Médias | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : planète sacrée, environnement, médias, lectures
18.10.2007
Le laboratoire : lieu de gamberge entre artistes et scientifiques
Un lieu singulier et passionnant vient d’ouvrir à Paris : le Laboratoire. Dans une ancienne imprimerie, sur 1300 m2, l’Américain et Français, David Edwards, a eu l’idée de créer ce lieu de rencontres et d’expérimentations pour les innovateurs et les créateurs artistiques. Nous y avons vu des « pièges à poussières », de beaux objets domestiques destinés à absorber par des plantes toutes les « cochonneries » qui virevoltent dans nos maisons, nos appartements ou nos bureaux ; un air purifié est ensuite restitué. Le design de ces machines est superbe et la technique utilisée est inspirée de celle mise au point par la NASA pour les cabines des cosmonautes. Un des thèmes de leur recherche nous a particulièrement branché, les activités neuronales face à l’endoctrinement des médias : scruter l’imagerie cérébrale est le projet de l’artiste indienne Shilpa Gupta et du scientifique Carlos Acuna. Quel rapport avec Planète sacrée ? Direct. D’abord par la relation entre la science et l’art qui est aussi au cœur de notre projet. Il importe en effet de rassembler tous les innovateurs, les chercheurs et que les artistes soient impliqués, car aucun progrès réel de civilisation n’ a jamais pu s’affranchir de leur influence et de leur vision. Par ailleurs, les solutions pour un meilleur avenir ne peuvent s’accomplir que par la symbiose entre les inventeurs et les artistes. David Edwards, professeur à Harvard, chercheur et découvreur lui-même, promoteur de plusieurs fondations humanitaires dont Medecine in need (MEND) fait ici œuvre d’explorateur. Le Laboratoire, 4 rue du Bouloi, 75001Paris. www.lelaboratoire .org
23:05 Publié dans Sciences et Art | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : planète sacrée, environnement, développement durable, sciences, art, laboratoire
Coup de chapeau
A Gilliane le Gallic qui consacre toute sa vie et son énergie à s’occuper des îles de Alofa Tuvalu dans le Pacifique, menacées d’être submergées par la montée des eaux. Elle a engagé avec les neuf mille habitants des actions modèles pour l’environnement avec des programmes d’économies d’énergie, de recyclage, de compost, de biomasse et de formation des habitants. On peut l’aider. Son mail : alofatuvalu@alofatuvalu.tv
00:15 Publié dans Coup de chapeau | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : planète sacrée, environnement, Alofa Tuvalu
16.10.2007
Les biocarburants
Le débat sur les biocarburants prend de plus en plus d’ampleur et démontre une fois encore que les solutions ne sont jamais évidentes. L’écologie et le développement ne pourront se concilier que sur des solutions validées et pas à partir de slogans, de mots d’ordre, d’intérêts cachés de part et d’autre. A Chicago , à cause du développement de l’essence dite « vert » , le prix du blé a doublé cette année. Les stocks de cette céréale sont au plus bas depuis 32 ans. Aux USA, l’explosion de la culture du maïs pour fabriquer de l’éthanol menace les réserves d’eau douce. Et quel est le pays le plus touché par la facture des importations de céréales : l’Afrique évidemment. Au Maroc l’augmentation du prix du pain provoque des manifestations.
20:15 Publié dans Débats | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : biocarburants, planète sacrée, environnement, développement durable, écologie
15.10.2007
Pour ou contre le principe de précaution
La commission Attali a mis en question il y a quelques jours le principe de précaution inscrit dans la Constitution française. Ses membres ont estimé, dans leur majorité, que ce texte était un frein à la croissance et notamment à la recherche. Voilà un vrai sujet de débat. S’il vous intéresse, vos remarques nous intéressent. Voici les nôtres. Elles vous permettront de mieux comprendre notre doctrine. Un anthropologue anglais , Roy Lewis, a écrit un ouvrage qu’on peut trouver en livre de poche intitulé « Pourquoi j’ai mangé mon père » C’est l’histoire des premiers hommes racontée d’une manière très loufoque, mais dont les leçons méritent d’être retenues. Un jour un père de famille ingénieux descendu de son arbre avec sa famille et errant dans la savane découvre comment faire du feu. C’est magique, mais c’est dangereux, ça brûle ! Son frère, un homme prudent et conservateur, s’en inquiète, on peut même dire qu’il s’en affole. Soudain, pris de panique , il crie à toute sa nichée et à ceux qui veulent le suivre « Back to the trees ! (Retournons dans les arbres.). Depuis des milliers d’années les hommes se trouvent ainsi confrontés aux risques de leurs découvertes et s’en accommodent plus ou moins. C’est ainsi qu’est né et s’est développé ce qu’on appelle le progrès. Il n’est pas sans risque. Mais on ne peut nier qu’il ait apporté à une bonne partie de l’humanité des conditions de vie plus favorables qu’autrefois. Alors le principe du risque s’est-il imposé. Aujourd’hui, face aux dégâts que nous causons à la planète, beaucoup estiment qu’il vaudrait mieux mettre en avant le principe de précaution et prendre le minimum de risque. Nous serions comme des alpinistes qui tout à coup refuseraient de gravir la montagne au motif que ce serait trop dangereux. Ils ne pourraient plus s’appeler alpinistes… Ainsi en va-t-il, pensons-nous, de la marche de l’humanité. Elle ne peut progresser sans découvertes et ce pour deux raisons. D’abord parce qu’elle s’inscrit dans un mouvement inexorable de la nature, comme un ordre qui lui serait donné, vers de plus en plus de complexité qui l’entraînera peut-être un jour vers l’exploration d’autres univers. Ensuite parce que le défi qui lui est lancé pour sauver la planète ne peut être relevé sans un effort de tous vers des solutions innovantes qui ne seront pas toutes sans risques. D’ailleurs qui a-t-il de plus risqué que la vie ? Comme elle est courte autant en profiter pour la vivre pleinement et ne pas laisser les précautionneux et les vétilleux nous la rendre triste et jouer sur nos peurs. N’ayons pas peur. Vivons !
08:10 Publié dans Débats | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : planète sacrée, environnement, développement durable, innovation, solution, innovations

